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[nettime-fr] Tout ce qui a été dit reste à dire...
Louise Desrenards on Wed, 30 Aug 2006 04:16:34 +0200 (CEST)


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[nettime-fr] Tout ce qui a été dit reste à dire...


Encore, renvoyer au sommaire de la chronique de Uri Avnery dans Gush Shalom
traduite en français dans le site France-Palestine, car chacun dans un style
de récit soutenu apporte un éclaircissement supplémentaire aux enjeux
mondiaux à travers ceux d'israël et du Moyen Orient. Tous sont à lire, à
relire et à découvrir presque chaque jour...
 
http://www.france-palestine.org/mot9.html

////////////////////////////////
Voici le dernier publié, à propos du discours récent d'Assad et des
Etats-Unis : 
http://www.france-palestine.org/article4494.html

Le rottweiler de l¹Amérique
publié le lundi 28 août 2006

Uri Avnery
 
Après chaque énorme pas en avant, il y a eu un pas en arrière israélien.
C¹est comme si l¹implant rejetait son acceptation par le corps. Comme s¹il
avait tellement l¹habitude d¹être rejeté qu¹il fait tout ce qu¹il peut pour
que le corps le rejette encore.

DANS SON dernier discours, qui a irrité tant de gens, le président syrien
Bashar al Assad a prononcé une phrase qui mérite attention : « Chaque
nouvelle génération arabe déteste Israël plus que la génération
précédente. »

De tout ce qui a été dit sur la seconde guerre du Liban, ces mots sont
peut-être les plus importants.

Le principal produit de cette guerre est la haine. Les images de mort et de
destruction au Liban sont entrées dans chaque maison arabe, en fait chaque
maison musulmane, de l¹Indonésie au Maroc, du Yémen aux ghettos musulmans de
Londres et de Berlin. Pas pendant une heure, pendant une journée, mais
pendant 33 jours de suite, jour après jour, heure après heure. Les corps
mutilés de bébés, les femmes en pleurs sur les ruines de leur maison, les
enfants israéliens écrivant « Salut » sur les obus prêts à être tirés sur
des villages, Ehoud Olmert baratinant à propos de « l¹armée la plus morale
du monde » alors que l¹écran montrait un amoncellement de cadavres.

Les Israéliens n¹ont pas fait attention à ces images, qui en fait ont été
peu montrées à notre télévision. Bien sûr, nous pouvions les voir sur Al
Jazira et quelques chaînes occidentales, mais les Israéliens étaient
beaucoup trop occupés par les dommages infligés à nos villes du nord. Ici,
les sentiments de pitié et d¹empathie pour les non-Juifs sont émoussés
depuis longtemps.

Mais c¹est une terrible erreur d¹ignorer ce résultat de la guerre. Il est
beaucoup plus important que la présence de quelques milliers de soldats
européens le long de notre frontière, avec l¹aimable consentement du
Hezbollah. Ce résultat va peut-être poursuivre des générations d¹Israéliens,
quand les noms de Olmert et de Halutz auront été oubliés depuis longtemps,
et que même Nasrallah ne se souviendra plus du nom d¹Amir Peretz.

POUR QUE les paroles d¹Assad prennent toute leur signification, elle doivent
être considérées dans un contexte historique.

L¹entreprise sioniste a été comparée à la transplantation d¹un organe dans
le corps d¹un être humain. Le système immunitaire naturel rejette l¹implant
étranger, le corps mobilise toute son énergie pour le rejeter. Les médecins
utilisent de fortes doses de médicaments pour lutter contre le rejet. Cela
peut durer longtemps, quelquefois jusqu¹à la mort du corps lui-même, y
compris l¹implant.

(Evidemment, cette comparaison, comme toute autre, doit être traitée avec
prudence. Une comparaison peut aider à comprendre les choses, sans plus.)

Le mouvement sioniste a implanté un corps étranger dans ce pays, qui était
alors une partie de l¹espace arabo-musulman. Les habitants du pays et
l¹ensemble de la région arabe ont rejeté l¹entité sioniste. Pendant ce
temps, la colonisation juive a pris racine et est devenue une authentique
nouvelle nation enracinée dans le pays. Son pouvoir offensif contre le rejet
s¹est développé. Cette lutte a duré 125 ans, devenant de plus en plus
violente à chaque génération. La dernière guerre n¹en est qu¹un nouvel
épisode.

QUEL EST notre objectif historique dans cette confrontation ?

Un idiot dira : résister au rejet avec une dose supplémentaire de
médicaments, médicaments fournis par l¹Amérique et les communautés juives à
travers le monde. Les encore plus idiots ajouteront : il n¹y a aucune
solution. Cette situation durera toujours. On ne peut rien y faire sauf se
défendre guerre après guerre. Et la prochaine frappe déjà à la porte.

Le sage dira : notre objectif est de faire en sorte que le corps accepte
l¹implant comme un de ses organes, afin que le système immunitaire ne le
traite plus comme un ennemi qui doit être rejeté à tout prix. Et si tel est
le but, il doit devenir l¹axe principal de nos efforts. Autrement dit :
chacune de nos actions doit être jugée à l¹aune d¹un simple critère :
sert-elle ce but ou le contrarie-t-elle ?

Selon ce critère, la deuxième guerre du Liban a été un désastre.

IL Y A 59 ans, deux mois avant le déclenchement de notre guerre
d¹indépendance, j¹ai publié un petit livre intitulé « Guerre ou paix dans la
région sémite » qui commençait ainsi :

« Quand nos pères sionistes ont décidé d¹établir un « paradis sûr » en
Palestine, ils avaient le choix entre deux options :

« Ils pouvaient se présenter en Asie occidentale comme des conquérants
européens qui se considèrent comme une tête de pont de la « race blanche »
et un maître des « autochtones », tels les Conquistadors espagnols et les
colonisateurs anglo-saxons en Amérique. C¹est ce que les Croisés firent en
Palestine.

« La seconde option était de se considérer comme une nation asiatique
retournant chez elle - une nation qui se voit comme porteuse de l¹héritage
politique et culturel de la race sémite, et qui est prête à rejoindre les
peuples de la région sémitique dans leur guerre de libération de
l¹exploitation européenne. »

Comme on le sait, l¹Etat d¹Israël, qui a été établi quelques mois plus tard,
a choisi la première option. Il a donné un coup de main à la France
coloniale, essayé d¹aider les Britanniques à revenir au canal de Suez et,
depuis 1967, il est devenu la petite s¦ur des Etats-Unis.

Ce n¹était pas inévitable. Au contraire, au cours des années, il y a eu un
nombre croissant d¹indices montrant que le système immunitaire du corps
arabo-musulman commençait à incorporer l¹implant - comme un corps humain
accepte l¹organe d¹un parent proche - et était prêt à nous accepter. Un de
ces indices a été la visite d¹Anouar al Sadate à Jérusalem. Un autre a été
le traité de paix signé avec nous par le roi Hussein, un descendant du
Prophète. Et, de loin le plus important, la décision historique de Yasser
Arafat, le chef du peuple palestinien, de faire la paix avec Israël.

Mais, après chaque énorme pas en avant, il y a eu un pas en arrière
israélien. C¹est comme si l¹implant rejetait son acceptation par le corps.
Comme s¹il avait tellement l¹habitude d¹être rejeté qu¹il fait tout ce qu¹il
peut pour que le corps le rejette encore.

C¹est sur cet arrière-plan que l¹on devrait évaluer les mots d¹Assad Jr,
membre de la nouvelle génération arabe, à la fin de la guerre récente.

APRÈS QUE tous des objectifs de la guerre mis en avant par notre
gouvernement se furent évaporés l¹un après l¹autre, une autre raison de la
guerre a été mise en avant : cette guerre faisait partie du « choc des
civilisations », la grande campagne du monde occidental et ses hautes
valeurs contre l¹obscurantisme barbare du monde islamique.

Cela nous rappelle, bien sûr, les mots écrits il y a 110 ans par le père du
sionisme moderne, Théodore Herzl, dans le document fondateur du mouvement
sioniste : « En Palestine... nous constituerons pour l¹Europe une partie du
mur contre l¹Asie et servirons d¹avant-garde de la civilisation contre la
barbarie. » Sans le savoir, Olmert a presque répété cette formule dans la
justification de sa guerre pour faire plaisir au Président Bush.

Il arrive de temps en temps aux Etats-Unis que quelqu¹un invente un slogan
vide mais facilement assimilé, qui domine alors le discours public pendant
quelque temps. Il semble que plus le slogan est stupide, meilleure sont ses
chances qu¹il soit repris par les intellectuels et les médias - jusqu¹à ce
qu¹un autre slogan apparaisse et le détrône. Le plus récent exemple est le
slogan sur le « choc des civilisations », inventé par Samuel P. Huntington
en 1993 (prenant la relève de « La fin de l¹Histoire »).

Quel choc d¹idées y a-t-il entre l¹Indonésie musulmane et le Chili chrétien
? Quelle lutte éternelle entre la Pologne et le Maroc ? Qu¹est-ce qui unit
la Malaisie et le Kosovo, deux nations musulmanes ? Ou deux pays chrétiens
comme la Suède et l¹Ethiopie ?

En quoi les idées de l¹Ouest sont-elles plus prodigieuses que celles de
l¹Est ? Les Juifs qui ont fui les flammes de l¹autodafé de l¹Inquisition
chrétienne en Espagne ont été reçus à bras ouverts par l¹Empire ottoman
musulman. La plus cultivée des nations européennes a élu démocratiquement
Adolf Hitler comme son chef et perpétré l¹Holocauste sans que le Pape élève
la voix pour protester.

En quoi les valeurs spirituelles des Etats-Unis, l¹Empire actuel de l¹Ouest,
sont-elles supérieures à celles de l¹Inde et de la Chine, les étoiles
montantes de l¹Est ? Huntington lui-même a été obligé d¹admettre : « L¹Ouest
a gagné le monde, non pas par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou
de sa religion, mais plutôt par sa supériorité en matière de violence
organisée. Les Occidentaux oublient souvent ce fait, les non-Occidentaux,
jamais. » A l¹Ouest aussi les femmes n¹ont gagné le droit de vote qu¹au XXe
siècle et l¹esclavage n¹a été aboli que dans la seconde moitié du XIXe
siècle. Et dans la nation dominante de l¹Ouest, le fondamentalisme relève
maintenant aussi la tête.

Quel intérêt, bonté divine, avons-nous à vouloir être une avant-garde
politique et militaire de l¹Ouest dans ce choc imaginaire ?

LA VÉRITÉ est que toute cette histoire de choc des civilisations n¹est rien
d¹autre qu¹une couverture idéologique de quelque chose qui n¹a rien à voir
avec les idées et les valeurs : la détermination des Etats-Unis à dominer
les ressources mondiales, et en particulier le pétrole.

La seconde guerre du Liban est considérée par beaucoup comme une « guerre
par procuration ». C¹est-à-dire : le Hezbollah est le dobermann de l¹Iran,
nous sommes le rottweiler de l¹Amérique. Le Hezbollah reçoit l¹argent, les
roquettes et le soutien de la République islamique, nous recevons l¹argent,
les bombes à fragmentation et le soutien des Etats-Unis d¹Amérique.

C¹est certainement exagéré. Le Hezbollah est un mouvement libanais
authentique, profondément enraciné dans la communauté chiite. Le
gouvernement israélien a ses propres intérêts (les territoires occupés) qui
n¹ont rien à voir avec l¹Amérique. Mais il ne fait aucun doute qu¹il y a
beaucoup de vrai dans l¹argument que c¹est aussi une guerre par procuration.

Les Etats-Unis se battent contre l¹Iran, parce que l¹Iran a un rôle clé dans
la région où se trouvent les plus importantes réserves de pétrole du monde.
Non seulement l¹Iran lui-même est situé sur d¹énormes gisements de pétrole
mais, à travers son idéologie islamique révolutionnaire, il menace également
le contrôle américain sur les pays producteurs de pétrole voisins. La
ressource pétrolière en voie d¹épuisement devient de plus en plus
essentielle dans l¹économie moderne. Celui qui contrôle le pétrole contrôle
le monde.

Les Etats-Unis attaqueraient sournoisement l¹Iran même s¹il était peuplé de
pygmées dévoués à la religion du Dalaï Lama. Il y a une similitude frappante
entre George W. Bush et Mahmoud Ahmadinejad. L¹un a des conversations
personnelles avec Jésus, l¹autre a une ligne directe avec Allah. Mais le nom
du jeu est domination.

Quel intérêt avons-nous à nous impliquer dans cette lutte ? Quel intérêt
avons-nous à être considérés - à juste titre - comme les serviteurs du plus
grand ennemi du monde musulman en général et du monde arabe en particulier ?

Nous voulons vivre ici dans 100 ans, dans 500 ans. Nos intérêts nationaux
les plus fondamentaux exigent que nous tendions la main aux nations arabes
qui nous acceptent et que nous agissions avec elles pour la réhabilitation
de cette région. C¹était vrai il y a 59 ans, et cela sera vrai dans 59 ans.

Des petits politiciens comme Olmert, Peretz et Halutz sont incapables de
penser dans ces termes. Ils peuvent à peine voir aussi loin que le bout de
leur nez. Mais où sont les intellectuels, qui devraient être plus
visionnaires ?

Bashar al Assad n¹est peut-être pas un des grand penseurs du monde. Mais sa
remarque devrait en tout cas nous donner à réfléchir.



 
 
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