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Re: [nettime-fr] DU VISIBLE A L'INVISIBLE
Louise Desrenards on Sat, 13 Nov 2004 16:08:46 +0100 (CET)


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Re: [nettime-fr] DU VISIBLE A L'INVISIBLE


DU VISIBLE A L'INVISIBLEEncore une fois on va penser que c'est pour embêter
mais en réalité je ne suis pas du tout d'accord avec l'éthique de ce texte,
qui de plus pose des questions de fond.
----- Original Message ----- 
From: Fred Forest
To: nettime-fr {AT} samizdat.net
Sent: Friday, November 12, 2004 5:15 PM
Subject: [nettime-fr] DU VISIBLE A L'INVISIBLE


DE L'INVISIBLE AU VISIBLE ET DU VISIBLE A L'INVISIBLE


Tous les moyens de communication qui émergent et se perfectionnent, de jour
en jour, un peu plus, placent l'homme dans une biosphère communicationnelle.
Dans un environnement et un contexte, qui constituent pour lui un nouveau
milieu d'existence. Un milieu dans lequel ses façons d'appréhender le monde,
de le sentir, de le vivre, changent radicalement. Cette situation
historique, inédite, constitue un fait sans précédent pour le devenir de
l'humanité. Nous pourrions comparer cette évolution, en termes d'importance,
aux conséquences fondamentales qui ont affecté, dans la nuit des temps, le
passage de certaines espèces vivantes, du milieu aquatique à la terre ferme.

_______Non : ce n'est rien de comparable sinon une métaphore. Ce qui change
c'est le système de représentation, le paradigme. Les comparaisons adaptées
existent pourquoi en faire une qui abuse la conscience sur ce changement.
Cela entraîne un changement de civilisation et ce n'est pas la première
rupture, rien qu'à voir l'art des catacombes à Rome, quand on sait s'agir
non de simples croyants mais d'artistes parmi les plus sophistiqués et
savants dans l'art de la représentation des fresques de Pompéi... Il y a eu
aussi, par exemple, le schisme iconoclaste de l'Islam, etc.


En signant et en publiant le manifeste de l'Esthétique de la communication,

______L'esthétique fait partie d'un dispositif cohérent du système de la
valeur ; quand ce système est effondré - a fortiori le système de la valeur
moderne lié à l'économie politique de la production à l'ère industrielle -
alors l'esthétique devient une discipline qui ne représente qu'elle-même,
non plus la société ni le monde.

http://www.webnetmuseum.org/html/fr/expo_retr_fredforest/textes_divers/4manifeste_esth_com_fr.htm#text

en 1983, il y a donc déjà plus de vingt ans,, nous ne faisions pas autre
chose, avec Mario Costa, que d'anticiper sur les conséquences qui
affecteraient le domaine de l'art, lui-même, du fait de la multiplication
des échanges et des flux-télé électroniques planétaires.

_______Etre prédictif est un autre exercice que faire que la théorie soit
dominante ; or, personne ne veut vous déposséder d'avoir fait partie - voir
de faire encore partie - de ceux qui l'exercent. Mais il n'y a pas de quoi
en faire une institution ni un manifeste sinon ças'appelle une secte ou une
dictature. Parce que la prédiction est probable/improbable sinon elle
devient de la prophétie alors : non merci. Les religions et les croyances :
y en a marre.


Si l'on veut bien considérer que le domaine de l'art n'est pas une activité
isolée en soi, placée idéologiquement en dehors de la société et de ses
mutations, force est de constater que l'art, lui-même, dans ses modes de
productions et de diffusion, va s'en trouver radicalement transformé. Cela
est un fait. Mais ce qu'il est beaucoup plus difficile d'évaluer, c'est ce
qui va changer dans nos modes de perception de la " chose " art. Nous sommes
en effet beaucoup trop conditionnés, encore, par une culture plastique et
visuelle très prégnante. Cette dernière nous a appris à voir et à sentir
essentiellement par le " voir ". Il est cependant un mode de rapport au
monde et de son appréhension qui se fonde sur d'autres facteurs que ceux,
quasi exclusifs, de la vision rétinienne.

_______Certes mais passez-nous l'attribution des prix qui suivent... car le
citeriez vous à titre légitime pour édifier vos idées d'exemples, par contre
aucun de ces artistes n'eut d'objet commun, sauf celui qui leur est prêté au
passage, par exemple comme ici. Il existe une relation directe entre leur
oeuvre et le monde qui ne passe pas par la visée des critiques.

Yves Klein a eu le mérite (et en ce sens il est plus "moderne" et
visionnaire qu'un Duchamp, plus cérébral) d'attirer notre attention sur les
zones de sensibilité. Son exposition du vide chez Iris Clert dénote, à ce
titre, d'une tentative et d'une conscience, qui anticipent sur des
évolutions de l'art, échappant à la " matière " et aux formes
intrinsèquement, dites, picturales. Nous sommes dans " autre chose". Et cet
" autre chose " est en phase de connaître, avec le numérique dématérialisé,
le virtuel et les réseaux, qui multiplient à distance notre présence au
monde, un bouleversement sans précédent, dans ce qu'on appelle l'art depuis
des siècles, en le réduisant, trop souvent, d'ailleurs, à ses modèles,
plastiques " regardables " et " touchables ".

En novembre 2004, les industriels se préparent en France au lancement du
protocole UMTS qui va mettre à disposition du grand public la possibilité de
diffuser des images et évidemment du son, sur les téléphones mobiles.
L'époque des mobiles (SMS) uniquement vocaux et textuels se voit soudain
repoussée dans la préhistoire des téléphones cellulaires. La téléphonie
mobile va devenir un nouvel espace de circulations des images animées. Nous
allons être, bientôt, et aux moindres frais, visibles et audibles, à
distance, dans le monde entier. Cela augure d'une nouvelle ère, où notre
psychologie la plus intime, à notre insu, va s'imprégner, d'une façon toute
naturelle, de la notion quasi magique d'ubiquité.

_____Mais enfin, c'est exactement la conscience commune née de la pratique
du web dans sa dimension plus abstraite puisque c'est celle des langages du
temps réel. Au-delà on passe aux communications para-psychologiques comme on
l'expérimentait à Stanford au début des années 70, (Arborigènes, Bushmens
and so on). Ce que tu nous annonces relèveau contraire du passage de la
culture de l'ubiquité en temps réel (la vitesse dans son rapport au stock
"0", chez Virilio - années 70) au harcèlement du miroir omniprésent en temps
réel; ce n'est plus l'ubiquité mais l'oeil du contrôle (Big Brother).


Cette dernière ne tardant pas, d'ailleurs, à se voir banalisée, elle-même,
au quotidien, comme l'ont pu l'être des pratiques ancestrales, soudain
dévitalisées, par l'irruption de l'invention technologique, mise au service
des consommateurs impénitents que nous sommes. Les effets et les
applications d'une telle situation sont immenses, car ils sont susceptibles
d'induire et de développer, en nous, des besoins qui nous poussent à être
connectés (hier s'était branchés !), désormais, en permanence, à une matrice
originelle, constituée du maillage serré des réseaux.

____On a connu ça avec le téléphone et puis on a oublié : les communications
interminables tendaient au flux au nom duquel les Telecoms français
justifièrent la facturation en temps passé des appels. Aujourd'hui on évite
le téléphone, car on a découvert, depuis, que les systèmes de répondeur
numériques ont pris la place des conversations interminables, et on paye
pour l'attente qu'on nous impose: donc on fuit le téléphone. Tout est
prévisible/imprévisible en matière de visio-téléphone. Chaque annonce
prohétique verra sa plantaison confirmée par les faits :))) et le chaos et
la masse critique en donnent à peu près une idée possible... ce n'est pas
neuf.

Pour nous trouver dans la situation paradoxale d'être, simultanément et
physiquement, ici, en même temps que nous sommes projetés, virtuellement,
hors de notre corps, et ailleurs.

____Ben dis donc, c pas un scoop : ça commence avec la technique (très bien
édifié en théorie matérialiste historique dans la dialectique de la
nature -Engels). Et je ne te citerai pas la théorie du projet d'une personne
que je connais bien, dans le bouquin "Réalisme et architecture" (thèse de 3è
cycle en esthétique philo ;-) toujours réédité sans en informer l'auteur -
ni lui verser un sou - depuis une vingtaine d'années (sic). Mieux vaut la
continuité d'une publication, n'est-ce pas? C'est si rare de nos jours :)

C'est cela même que les artistes et théoriciens, protagonistes de
l'esthétique de la communication, ont pratiqués et théorisés, notamment en
France, en Italie et au Canada. Les utilisateurs et utilisatrices de l'UMTS
vont, prochainement, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, faire de
l'esthétique de la communication sans le savoir.
Quand une technologie se généralise, elle devient, avec un peu de chance, un
matériau et une pratique pour l'art.

____ La tradition des avant-gardes modernes et post-modernes était de
l'anticiper sur le moment de la généralisation, de sorte d'en attribuer
préalablement le sens collectif futur :))) historiquement, c'est tout le
contraire de ce que tu dis, en quelque sorte.

Un énorme réseau de circulation d'images sur Internet va se doubler et se
combiner avec celui des portables de génération UMTS. Sa dimension
culturelle sera immense. Les prédictions de Walter Benjamin et ses théories
sur la reproductibilité des images sont très en de ça de la marée
d'informations visuelles qui risquent de déferler dans la sphère publique
comme dans la sphère privée, dans les prochaines décennies.

____ toute la différence entre les monothéismes judeo-chrétiens et l'Islam.
Mais nulle mutation, juste l'accroissement du précipice - donc l'annonce
d'autres schismes probables.

L'art contemporain, comme on le constate actuellement, est bien capable de
récupérer et de mettre en forme, ici ou là, de façon épidermique, des
fragments de cette mutation,

____Quel art contemporain, celui de l'ethnocentrisme occidental des
monothéismes judeo-chrétiens et cultures synchrétiques sous cette influence
ou cette fascination?

mais ces tentatives restent vouées à l'échec. La raison en est à la fois
simple et évidente. Contrairement à la musique, d'essence abstraite, les
arts plastiques sont encore lourds de leur matérialité et de leur dépendance
à l'objet.

___????? lourds en fric oui. Mais pour le reste... C'est le prix des
galeries, des courtiers et des collecitonneurs, que la matière de l'art, et
parce qu'elle est périssable et le cycle esthétique achevé, ait pu monter en
valeur absolue quand l'époque des styles et de l'avant garde furent révolus
(Baudelaire, Agamben, Baudrillard) - juste une valeur financière sans
équivalence (économique) de la rareté hors culture, au regard du long terme
compté de la planète - pour être enfermée dans des coffres forts - ou dans
les oubliettes sécurisées du patrimoine! Et cela ne changera jamais!!!
(Critique de l'économie politique du signe). Ce qui changera sera la
disparition sociale quasi totale des objets sans rapport déquivalence de la
valeur, dérobés de l'usage des peuples. Après les plagias des monuments
historiques remplaçant les originaux, tous ceux-ci ne sont pas
topologiquement situés dans leur vie désormais obscure...


Le CD, ou le DVD, sont des supports idéals pour un marché de l'oreille, mais
l'¦il en est encore à chercher le sien dans le domaine du numérique. Ce
marché reste encore entièrement à inventer, car ni un CD, ni un DVD, ne
s'accrochent, encadrés sur un mur, pour être en mesure de satisfaire à une
demande qui reste avant tout la fonction" décorative", dévolue à l'objet.

____ Ah bon? Tu dois encore te tromper là. Il y a des collectionneurs de
postes de télévision... La question c'est juste le luxe nécessaire de la
place pour installer ou accumuler. Il y aura bien sûr, comme depuis
longtemps des collectionneurs de disques solides et souples, de CD de CDroms
et autres dvd...

Quand les écrans plasma, au moyen de leur dimension et leur multiplication,
auront envahi nos lieux de vie, peut-être, alors, et seulement, à ce
moment-là, un marché du numérique pour l'¦il pourra naître et s'imposer.

_____ C'est de toutes façons absolument nécessaire sinon la planète
entièreva mourir d'irradiation cathodique.

Encore faudra-t-il que les artistes s'adaptent et répondent à la demande
pour ce qu'elle attend. L'art numérique, dans le système actuel de l'art
contemporain, lié aux critères et aux exigences du marché n'a aucune
perspective réaliste qui s'ouvre devant lui, car l'économie du marché de
l'art est fondée principalement sur une économie de l'objet. Il est à noter
que dans d'autres secteurs de la société, ceux des services et de
l'industrie, pour ne citer qu'eux, nous sommes déjà, pourtant, dans
l'économie de l'information...

___ et les banques de données et les codes d'équivalence des logiciels et de
leur objet édité ne sont pas des tables écrites, peut-être?

Il y a par contre en France un marché des subventions et des aides publiques
pour l'art numérique, mais encore faut-il faire partie du sérail pour en
bénéficier, ou d'une bonne conjoncture des astres, une fois tous les dix
ans. Ce marché à ces champions, comme le marché de l'art contemporain a les
siens, on verra bien ce qu'il en restera dans dix ans ?

___ oui, et aussi ce qui restera reste aussi.

Tout cela, pour en revenir à notre propos, c'est-à-dire aux mérites
comparés, en art, entre l'esthétique de l'objet et l'esthétique de la
communication, ou, si l'on préfère, l'esthétique de la relation ou de
l'information. Dans la première, on fabrique des objets, on fait leur
promotion à la FIAC et on les vend dans des boutiques de luxe, qu'on appelle
les galeries.

____ l'esthétique de l'information et de la communication ... franchement,
quand l'objet de l'"esthétique" constitue l'environnement généralisé
lui-même c'est à la fois fondamental et indifférent... L'esthétique n'y est
plus représentative de rien pas même dans le détail de l'écriture artistique
et serait-elle immatérielle...

Dans les secondes, on met en place des dispositifs de communication, là ou
l'on peut et quand on peut. L'¦uvre finalement n'existe que dans la tête de
celui qui en capte les signaux croisés et qui les interprète. L'¦uvre est
formée d'une façon constitutive d'un flux d'informations. Elle n'est, à
proprement parler, ni sonore, ni visuelle, ni scripturale, même si des
bruits, des lumières ou des couleurs, peuvent participer à sa
fabrication/élaboration/construction. L'¦uvre est invisible, et, en fait, se
constitue et s'incarne, en temps réel, dans l'entre deux, trois ou
quatreSselon le nombre d'éléments " émetteurs " d'informations, que compte
le dispositif. Sachant, toutefois, que l'interacteur (le public) est
possiblement, lui-même, un de ces émetteurs.

____ Si les artistes ne sont pas parmi ceux pour respecter assez le public,
d'un point de vue critique du monde, hors de l'interactivité involontaire,
alors... Je me demande bien pourquoi défendre l'esthétique, code de la
valeur symbolique du dispositif de représentation commun, même strictement
respectif des préocupations des artistes s'édifiant de leur propre système.

Inutile de le préciser ; l'¦uvre est, bien entendu, invendable !
De toute façon elle n'a jamais été faite pour cela. Mais si jamais,
d'aventure, un collectionneur original, le Palais Tokyo ou Artémis voulait
en faire acquisition, il ne tient, au plus offrant, que d'ajouter trois
zéros au montant qu'il avait initialement prévu.

____ Tiens donc nous voici dans le cynisme ou toujours dans la marchandise
absolue (voir plus haut: Baudelaire, Agamben, Baudrillard))? L'argent :
est-ce solide (hard disk) est-ce liquide (flux)?-)))

Tout cela pour dire, enfin, que les ¦uvres dites numériques peuvent être
autre chose que quelques signes et couleurs sur un écran, avec en prime,
quelques errances scripturales empruntées à Rousseau, Sollers ou Tartempion.
Il est temps d'inventer quelque chose qui soit de l'ordre du numérique, et
qui ne soit plus, surtout, ni de la peinture, ni de la littérature, dont des
modèles, encore si prégnants, encombrent nos horizons.

____ je me demandais s'il ne s'agissait pas ici d'un discours baroque ou
tautologique et soudain je vois le malentendu : ici se vent un discours
"moderne" avant-gardiste (la chaine infinie de l'enchainement des traditions
et des modernités -Habermas- au fil de l'évolution techno).

Ce que nous voyons aujourd'hui ressemble beaucoup trop à ce que nous avons
déjà vu, et fait, hier. Ce que nous voyons produit, aujourd'hui, dans
l'ordre du numérique, avec ce media nouveau, est beaucoup trop, comment
dirais-je, visuelSOui, c'est cela, trop visuel !
Nous militons donc pour des ¦uvres-systèmes invisibles.

____ ce qui suppose le ménagement des mondes inconnus or donc, si on les
sait déjà c'est déjà vu (Deleuze - sur l'édition).

Des ¦uvres cognitives, où le numérique ne se pose pas, stricto sensu, en
termes de fabrication et production d'images numériques, mais comme système
de langages intégrés, dont la finalité, par des dispositifs inédits, vise,
avant tout, non pas à produire des images numériques pour les yeux mais à
susciter des images mentales.

____ subliminales. C'est tout un programme déjà défini par les scénarios du
Pentagone et du CIA depuis plus de vingt ans. Et qu'est-ce quon mange? des
protéines de substitution, des OGN, des OMG?... Bref, le manifeste de
l'esthétique de la communication comme autofiction chui d'accord. Comme
communofiction, je crains. Et je suis convaincue hélas que la cognition ne
nous attend pas à l'horizon de la ruine de l'éducation: elle supplanterait
donc la formation (le "génie des masses silencieuses"?) parce que le
subliminal passe par tous les pores de la peau et par tous les sens, c'est
plus fort que tout sans toi ; tandis que l'expérience valide en cognition
est exclusivement celle qu'on se donne soi-même non celle qu'on vous destine
: c'est un processus d'évaluation singulier de l'environnement à l'épreuve
du corps et de la mémoire. La cognition commune s'édifie de la diversité,
surement pas d'une vision unie et consensuelle (Varela) ; si elle est
attribuée au collectif par la théorie, alors la cognition n'est plus rien
que de la totalité donc de l'idéologie.

____Ne prenez pas cette réponse pour une déclaration de guerre mais pour une
contribution aux réactions éclairantes. Merci.

Fred Forest
"Territoire"
9 novembre 2004
http://www.fredforest.org
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